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Animaux / Agriculture

L’orque, un être hors du commun depuis toujours menacé par l’Homme

L’orque, un être hors du commun depuis toujours menacé par l’Homme
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Au sommet de la chaîne alimentaire des océans, réside un être qui, en pas moins d’une cinquantaine d’années, est passé du statut de terreur des mers, à star des parcs aquatiques, coqueluche du cinéma hollywoodien, mais surtout celui de jauge du niveau de pollution mondial des océans : l’orque, aussi faussement appelée baleine tueuse.

Un dauphin pas comme les autres

Ce mammifère marin de la famille des dauphins est le plus gros spécimen du genre et se réparti dans toutes les mers et les océans du globe. Capable d’atteindre les 10 mètres de long pour un poids jusqu’à 10 tonnes pour les plus gros spécimens, l’orque est aussi capable d’atteindre des vitesses de pointes à plus de 60km/h ou encore de vivre jusqu’à la barre symbolique des 100 ans. L’orque est aussi un animal très sociable, curieux et intelligent. La structure familiale chez ce cétacé est de type matriarcal, au sein d’un groupe dirigé par une femelle matriarche et constitué de ses enfants et de ses petits-enfants, c’est-à-dire a minimum de 5 à 6 individus, vivant au sein de ce même groupe toute leur vie. Leur mode de communication, distinct entre chaque groupe, leur permet de se déplacer et de communiquer entre elles. Ce dialecte unique est généralement transmis de génération en génération, tout comme les techniques de chasse propre à chaque communauté. Ce qui laisse suggérer une espèce culturelle autre que l’homme.

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Il est important de noter que les orques sauvages ne représentent pas une menace pour l’homme et qu’aucun cas d’agressivité envers celui-ci n’a été répertorié en milieu naturel, contrairement à certains cas observés en milieu captif. Cependant avant les années 1970, la façon de penser était bien différente de celle d’aujourd’hui et beaucoup d’orques en ont payées de leur vie. Souvent incriminées par les pêcheurs de leur voler du poisson, décrites comme « hautement agressive » dans les manuels de la US Navy ou bien même considérées comme des tueuses sanguinaires et des mangeuses d’hommes, les orques portent pourtant très bien leur surnom de baleine tueuse. Avec à leur menu :

  • du poisson,
  • de la baleine,
  • du phoque,
  • du dauphin,
  • de la raie,
  • du requin

C’est simple, elles n’ont aucun prédateur naturel ! Ajouté à cela un travail de groupe remarquable et une communication sans faille, l’orque est un superprédateur à qui rien ne résiste. Et pourtant, une seule réelle menace pèse sur elle : l’homme.

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Une intelligence exploitée

L’appât du gain des parcs aquatiques a en effet eut raison de l’orque lorsqu’on a découvert la remarquable intelligence et la douceur de ces cétacés envers l’homme. Tout comme son congénère le grand dauphin, l’orque est très vite devenu convoité par les parcs aquatiques de par sa capacité à réaliser des tours en échange de nourriture. Pas vraiment d’autre choix pour ces animaux que d’obéir aux ordres pour se nourrir lorsqu’on est enfermé dans un bassin en béton.

Dans les années 1990, c’est d’abord avec « Sauvez Willy » ou « Free Willy » dans sa version anglophone qu’il y a eu de la part des gens une réelle prise de conscience envers les animaux marins en captivité et plus particulièrement les orques. Pour rappel, le film raconte l’histoire d’une orque captive qui retrouve la liberté grâce à l’aide d’un jeune garçon. L’histoire va bien au-delà du film, car c’est tout une communauté venant des quatre coins de la planète qui s’est fait entendre afin de remettre en liberté l’orque « Keiko », une orque mâle âgée de 17 ans à l’époque et détenu captive dans un parc aquatique de Mexico City. Une équipe de scientifique emmenée par Jean-Michel Cousteau a pris les rennes du projet en réadaptant « Keiko » à la vie sauvage, au milieu des eaux Islandaises et de sa famille. Projet qui fut un réel succès et qui a prouvé au monde entier qu’un cétacé captif pouvait être réhabilité en milieu naturel.

Mais plus récemment, c’est la sortie du documentaire « Blackfish », paru en 2013, qui a eut l’effet d’une bombe médiatique révélant ainsi les conditions de détentions des orques en milieu captif, SeaWorld et Marineland en cause. Au-delà des conditions de détention, les effets psychologiques sur les animaux sont terribles allant de troubles du comportement stéréotypés (tourner en rond, rester immobile, … ) à des comportements agressifs entre animaux (car oui, il est nécessaire de préciser qu’aucun de ses animaux ne viennent de la même famille, ni même de la même communauté) ou à l’encontre des dresseurs. C’est ce que montre « Blackfish » au travers du décès de deux personnes, et mis en lumière par une orque imposante déjà connu pour avoir précédemment tuer d’autre dresseurs : « Tilikum » un grand mâle 7 mètres et presque 6 tonnes, anciennement reconnu comme étant l’orque captive la plus imposante au monde et récemment décédé. Comme effet de bord de cette histoire, SeaWorld aurait perdu plus de 15 Millions de dollards.

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Indicateur de la pollution des océans malgré elle

Si pourtant encore aujourd’hui l’orque ne fait pas partie des espèces menacées, elle n’en reste pas moins l’animal marin possédant les plus hauts taux de toxicité dans le sang du règne animal, en milieu naturel. En cause, les polychlorobiphényles ou PCB, des composés organiques dont la durée de vie très longue sont suspectés de modifier le comportement des orques, d’endommager leur système immunitaire et d’affecter leur reproduction. Le cycle de vie de ces composés organiques commence par l’homme qui déverse les produits dans la mer, qui sont ensuite ingérés par des micro-organismes, qui eux-mêmes nourrissent des petits poissons, qui nourrissent des mammifères marins, qui nourrissent les orques. Aujourd’hui, les orques qui vivent dans l’hémisphère nord figurent sur la liste des animaux les plus contaminés sur Terre par ces produits. Le seuil de capacité des orques à être résistantes face aux PCB avant qu’il n’affecte la fertilité de celles-ci est aujourd’hui 25 fois supérieur à la normale. Dès lors, il affecte directement les nouveau-nés dès la gestation.

Lorsque les orques ont faim et qu’elles produisent plus d’efforts, elles métabolisent des graisses qui libère dans leur sang des PCB et autres produits chimiques toxiques qui se trouvaient dans leur lard. Une fois dans le sang, les polluants peuvent affaiblir le système immunitaire des cétacés, augmentant leur risque de contracter une maladie. Ils peuvent aussi réduire de façon importante la fertilité ou agir comme une neurotoxine. Les orques peuvent alors être désorientées, ce qui complique encore plus leur recherche de nourriture. Plus une orque affamée perd de poids et plus le pourcentage de PCB dans son sang augmente, ce qui aggrave son état.

©Daisy Gilardini

Bien avant la culture populaire, les amérindiens (peuple de Haida au Canada) divinisaient l’orque, au même titre que l’ours, le loup ou l’aigle, mais surtout avaient compris leur nature et leurs capacités bien avant nous. Ils le définissaient « Skana », voulant dire « tueur de démon » ou encore « pouvoir surnaturel ».  Cependant de nos jours, reconnaitre cet animal comme étant un symbole ou un être hautement intelligent n’est pas suffisant. Nous nous devons de prendre conscience des effets la pollution dû à notre société de consommation sur la biodiversité marine et de tout mettre en œuvre quant à sa préservation. Etant en haut de la chaîne alimentaire, l’orque est malheureusement un parfait indicateur de cette pollution marine et d’après les derniers rapports scientifiques, on estime à plus ou moins 50 ans avant la disparition de plus de la moitié de la population mondiale d’orques.