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Pourquoi entretenons-nous une relation d’amour-haine avec la viande ?


La viande a été un marqueur de divisions entre les classes et les genres et a déclenché des révolutions scientifiques. Shutterstock

Quand avez-vous mangé de la viande pour la dernière fois ? Aujourd’hui ? Il y a quelques jours ? Il y a 10 ans ? Jamais ? Vous êtes-vous déjà disputé avec quelqu’un sur la question de la consommation de viande, que ce soit à propos des répercussions pour l’environnement ou du problème d’éthique que soulève le fait de manger des animaux ? Êtes-vous dérouté par les informations contradictoires qui circulent sur les effets de la viande sur la santé ? Vous sentez-vous coupable de continuer de manger de la viande ?

La viande est un aliment omniprésent, pensons au très controversé régime carnivore, à la « viande » végétale ou à la viande cultivée en laboratoire.

À l’exception des gens issus d’une famille ou d’une culture prônant le végétalisme, nous sommes nombreux à consommer ou à avoir déjà consommé de la viande. Même les personnes qui suivent un régime à base de plantes peuvent à l’occasion s’offrir une viande végétale parce qu’elles apprécient le goût familier de la viande.

Marta Zaraska, journaliste scientifique, qualifie d’obsession de la viande cette tendance que l’on a à donner à la viande la place de choix dans nos assiettes.

Après tout, la viande est un des plus anciens produits de consommation, des fouilles archéologiques ayant montré que les premiers humains avaient commencé à tuer et à dépecer des animaux i l y a environ 2,6 millions d’années. Depuis, la viande s’est taillé une place de choix dans nos rituels familiaux, nos célébrations spirituelles et nos rassemblements. La viande nous rassemble, mais amène également son lot d’objections et de contradictions.

Comment la viande est-elle devenue un sujet de discorde ? Et pourquoi entretenons-nous avec elle une relation d’amour-haine ?

À titre de chercheuses en marketing, nous avons récemment étudié les causes de ces contradictions et avons découvert que la viande est au cœur de controverses liées à la morale, à l’écologie, aux questions de genre, aux classes et à la santé depuis le XIVe siècle dans l’hémisphère nord.

La viande au cœur de la division entre les sexes

Malgré le stéréotype selon lequel la viande est un aliment traditionnellement masculin, la découverte récente d’un corps de femme accompagné d’outils de chasse dans un site funéraire vieux de 9 000 ans donne à penser que nos hypothèses sur le sexe des chasseurs pourraient être erronées.

Il est vrai que la viande est un produit culturellement lié au sexe, une division qui est perçue tant au niveau de sa production que de sa consommation.

Les stéréotypes de genre sur la chasse et le dépeçage sont si courants qu’ils façonnent les aspirations professionnelles des femmes, sous-représentées dans les professions axées sur la viande. Les hommes sont eux-mêmes soumis à des attentes en raison de leur genre et doivent manger de la viande pour affirmer leur masculinité.

Il suffit de penser à certaines émissions de télévision mettant l’accent sur la consommation de viande, comme Epic Meal Time et à leur façon de perpétuer des idéaux d’hypermasculinité. Ce portrait de la gent masculine aide à comprendre pourquoi les régimes végétaux sont perçus comme moins virils et pourquoi certains hommes hésitent à manger des aliments à base de plantes.

YouTube account Epic Meal Time builds a « 20 pound meat lovers sushi roll ».

La viande comme symbole de puissance et de richesse

La consommation de viande, en quantité et en qualité, marque symboliquement les inégalités sociales depuis l’époque médiévale. Comme Maguelonne Toussaint-Samat l’explique dans son livre Histoire naturelle et morale de la nourriture, les nobles et l’élite consommaient de meilleures coupes de viande, des viandes plus rares que nous ne mangeons plus aujourd’hui (comme des cygnes)) et certaines parties de l’animal (comme les yeux) qui étaient considérées comme des mets gastronomiques jusqu’au XVIe siècle.

De son côté, la classe ouvrière consommait des viandes de piètre qualité, moins variées et à moindre fréquence. Ce sont les abattoirs et l’élevage industriel qui ont permis à la viande de devenir plus accessible à l’ensemble de la population. Ce n’est plus la quantité de viande consommée qui définit la classe sociale, mais plutôt sa qualité.

Plus récemment, l’élevage industriel a soulevé de vives réactions sur l’éthique et la durabilité de la production de viande et ses répercussions environnementales.

La production massive de viande détruit des habitats naturels et nuit à la biodiversité, en plus de représenter une forme d’exploitation où les animaux et les travailleurs sont traités comme des objets, ce qui entraîne des répercussions sur la qualité de vie en milieu rural.

Un avenir où la viande est moins omniprésente est un rêve partagé par les défenseurs des animaux, les gouvernements et même les Nations unies (qui recommandent un régime sans viande). Mais plusieurs croient que cet objectif n’est pas réaliste, étant donné notre obsession pour la viande.

Réinventer le monde sans viande

La viande est un indicateur de division entre les classes sociales et les sexes et a déclenché des révolutions scientifiques, mais les données montrent que les gens ne sont pas prêts à délaisser la viande.

Bien que la similiviande soit conçue pour avoir l’apparence, le goût et la texture de la viande véritable, les scientifiques ne savent pas si elle pourra remplacer la viande et résoudre nos problèmes. Les contradictions et les conflits profondément enracinés dans nos cultures continueront de modeler notre relation controversée avec la viande, les symboles qu’elle représente et les questions morales qui l’entourent.

Pour cette raison, nous continuerons d’éprouver de l’amour et de la haine pour la viande (et ses substituts). Il est possible d’imaginer un futur sans viande, mais est-il possible d’échapper aux composantes culturelles véhiculées par cet aliment ?

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.



Zeynep Arsel, Concordia University Chair in Consumption, Markets, and Society, Concordia University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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