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En connaissant mieux l’état de la biodiversité, on pourrait sauver de nombreuses espèces menacées


Le loup d’Éthiopie vit en populations éparses dans des chaînes de montagnes reculées d’Éthiopie. Sa remarquable résilience permet de croire qu’un rétablissement de l’espèce est possible si on parvient à tenir en échec des menaces telles que la perte et la dégradation de son habitat. Shutterstock

L’état des écosystèmes de notre planète suscite des préoccupations tout à fait justifiées. Des images satellites révèlent que rares sont les endroits de la planète que l’activité humaine a épargnés. Tandis que la population et la consommation mondiales continuent de croître et que nos systèmes climatiques traversent de grands bouleversements, les perspectives pour les espèces non humaines semblent sombres.

Les scientifiques ont tenté de mesurer la situation de la biodiversité mondiale. Une des études les plus importantes sur les efforts de protection est l’Indice Planète vivante (IPV), un projet ambitieux qui compile l’évolution des populations de plus de 4 000 espèces de vertébrés dans le monde.

Selon l’IPV, la population animale moyenne a diminué en moyenne de plus de 50 % depuis 1970. L’interprétation la plus courante et la plus intuitive de ce constat est que la population animale moyenne est inférieure de moitié à ce qu’elle était il y a 50 ans, ce qui a été largement relayé par les médias. Plusieurs autres études mondiales s’accordent à dire que la situation est désastreuse.

On peut donc s’étonner qu’un nombre croissant d’études importantes, menées à l’échelle continentale et mondiale, concluent à l’absence de changement moyen dans l’abondance locale des espèces animales. Cette constatation a alimenté un débat passionné sur la manière de concilier les affirmations contradictoires sur l’ampleur de la menace qui pèse sur la biodiversité.

La réponse à ce débat est importante pour notre compréhension de la façon dont les humains modifient la biodiversité de la planète. Plusieurs d’entre nous se sont demandé si les résultats contradictoires sont une question de méthodologie. Dans notre enquête, nous nous sommes concentrés sur l’IPV qui calcule le changement global pour toutes les populations d’animaux sauvages pour lesquelles des données sont disponibles pour une année, en se basant sur la moyenne des tendances des populations. Les moyennes sont toutefois réputées pour être sensibles aux valeurs extrêmes. Il est important de noter que certaines populations ont été suivies à de nombreuses reprises depuis les années 1970, mais que beaucoup d’entre elles n’ont été étudiées que deux ou trois fois.

Une question de calcul

La façon de calculer a effectivement une grande importance. Si l’on retire les 354 espèces aux données extrêmes, celles qui subissent un effondrement de leur population, des quelque 14 700 populations analysées (ce qui représente 2,4 %), le déclin moyen de 56 % depuis 1970 diminue à près de 0 %.

Il existe un petit groupe d’espèces pour qui les choses vont terriblement mal. Pour le reste des populations de vertébrés de la base de données, environ la moitié est en augmentation, souvent si on compare à leur niveau le plus bas, comme la baleine à bosse dans le Pacifique Nord. La moitié est en baisse, même par rapport à leur niveau le plus bas, comme la baleine franche de l’Atlantique Nord.

Les statistiques sur le déclin mondial de plus de 50 % largement rapportées par les médias sont influencées par des populations très peu nombreuses, mais dont la situation est extrême.

Il est important de noter que les tendances extrêmes qui modifient la moyenne sont souvent celles pour lesquelles on a le moins de données. Le fait que plusieurs des articles qui ont signalé des changements globaux moins extrêmes n’ont pas tenu compte des chiffres concernant les populations qui ont fait l’objet de peu d’observations, car considérés comme peu fiables, peut contribuer à trancher le débat.

Un baleineau à bosse. Les populations de baleines à bosse sont en augmentation dans le Pacifique Nord.
Shutterstock

Un portrait mondial détaillé

Bien entendu, tenter de résumer l’état de la biodiversité des vertébrés dans le monde à l’aide d’un seul chiffre occulte la complexité du portrait de l’état des différentes espèces et régions. Des groupes entiers d’espèces apparentées connaissent un déclin important dans certaines grandes régions, comme les oiseaux terrestres de l’Indo-Pacifique. D’autres groupes connaissent une amélioration, comme les oiseaux terrestres en Asie et en Europe. Au total, 17 % des groupes d’espèces examinés pourraient subir une importante décroissance.

Et même dans les régions où on observe que l’état des populations s’améliore en moyenne, une fraction non négligeable des espèces est toujours en déclin. Des groupes d’espèces ont en effet de mauvaises perspectives à l’ère de la domination de l’humain, mais d’autres semblent se stabiliser ou se rétablir après avoir atteint des niveaux historiquement bas.

Malheureusement, il est encore difficile de prévoir quelles espèces vont croître et lesquelles ne le feront pas. Bien que les données récoltées soient meilleures que jamais, on ne dispose souvent de bonnes données que pour un nombre limité d’espèces, et ce, même dans les pays riches. Il est révélateur de constater que la plupart des tendances temporelles extrêmes, pauvres en données, qui ont eu une influence considérable sur l’IPV provenaient de régions peu étudiées et riches en biodiversité, comme les tropiques.

La triste réalité est que nous ne savons pas vraiment comment se porte la diversité biologique de la Terre, car nous n’avons pas suffisamment investi dans la compréhension de cette question.

Précision et prévention

Ainsi, la prudence est de mise. En toute logique, la plupart des espèces sur Terre ne se portent pas bien lorsque leur habitat est détruit, rempli de nouveaux prédateurs et pathogènes ou surexploité, mais nos résultats nous portent à croire que beaucoup d’entre elles peuvent se rétablir si on leur donne une chance.

De nombreuses espèces sont heureuses de vivre à nos côtés : pensez aux oiseaux qui visitent la mangeoire de votre jardin ou aux mammifères opportunistes qui prolifèrent dans les environnements urbains, comme les mouffettes, les ratons laveurs et les coyotes. L’équilibre apparent de l’évolution des populations laisse penser que nous devrions mieux reconnaître les endroits où les espèces parviennent à bien vivre près des humains, et pourquoi elles y arrivent, afin de diriger nos ressources pour reproduire ce succès partout.

David Attenborough décrit la vie des ratons laveurs en ville.

Et il est probable que nous arriverons à reconnaître ces espèces et ces lieux. Le Relevé des oiseaux nicheurs de l’Amérique du Nord, qui existe depuis cinq décennies et qui est effectué par des bénévoles, a été indispensable pour orienter les efforts de conservation.

L’observation d’espèces opportunistes réalisées dans le cadre d’initiatives scientifiques citoyennes, comme eBird, iPapillon et iNaturalist, connaissent une croissance exponentielle. Notre capacité à travailler avec ces ensembles vastes, mais désordonnés, de données s’améliore grâce aux progrès dans la capacité de traitement et les techniques analytiques. Nous serons bientôt en mesure de déterminer avec beaucoup plus de précision les endroits où la biodiversité se porte bien (et où elle se porte moins bien).

L’espoir est un facteur de motivation efficace, et la motivation est toujours la bienvenue, car il reste beaucoup à faire pour préserver notre patrimoine naturel pour les générations futures.

The Conversation

Arne Mooers est un membre scientifique non gouvernemental du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC), un organisme indépendant qui évalue les espèces en péril pour le gouvernement fédéral.

Brian Leung est titulaire de la chaire UNESCO pour les dialogues sur la durabilité. Il est financé par le CRSNG.

Anna Hargreaves and Dan Greenberg do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.



Dan Greenberg, Postdoctoral research associate, Simon Fraser University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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