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BD « Sciences en bulles » : Les poissons à l’épreuve du bruit

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Pour les poissons aussi, le paysage sonore évolue. Peb&Fox/Syndicat national de l’édition

Cet extrait de la BD « Sciences en bulles » est publié dans le cadre de la Fête de la science (du 2 au 12 octobre 2020 en métropole et du 6 au 16 novembre en outre-mer et à l’international) dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition aura pour thème : « Quelle relation entre l’Homme et la Nature ? ». Retrouvez tous les débats et les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.


La pollution sonore, en perpétuelle augmentation avec la croissance de la population aux alentours des cours d’eau, menace de plus en plus les communautés aquatiques. Elle est très inquiétante car elle a des conséquences néfastes sur les espèces sensibles aux basses fréquences (émis par les bateaux notamment) comme les poissons et les invertébrés. Elle entraîne des changements comportementaux comme une augmentation des réponses anti-prédateurs qui peut jouer également sur l’alimentation (par exemple, les espèces vont passer plus de temps à se défendre, ou à être distraites par le bruit, et peuvent rater ou quitter des zones riches en ressources).

La pollution sonore est de plus en plus présente en eau douce, avec les commerces fluviaux et les activités nautiques, et pourrait favoriser l’expansion des espèces invasives qui sont l’une des causes majeures du déclin de la biodiversité en eau douce. Ces espèces invasives sont introduites volontairement (pour la diversité génétique, l’ornement ou la pisciculture) ou involontairement (via les transports de marchandises en bateau) et s’adaptent très rapidement, pouvant nuire aux espèces natives (naturellement présentes dans nos cours d’eau français).

C’est là que j’interviens. Je souhaite comprendre comment les espèces invasives et natives vont répondre au bruit anthropogénique et savoir si les espèces invasives seront plus dangereuses car peut-être tolérantes à la pollution sonore. Pour les étudier, j’observe et analyse leur comportement durant l’alimentation et je suis notamment attentive aux différences de comportement comme une modification de leur mobilité, de leur capacité à attaquer leurs proies ou leurs interactions sociales. Durant cette première année de thèse, je me suis concentrée sur des observations à l’échelle de l’individu. Il s’agit d’expériences réalisées en laboratoire où j’ai reproduit des conditions de vie qui se rapprochent le plus de leur environnement naturel (même si c’est impossible à reproduire exactement) et où j’ai observé individu par individu leur manière de s’alimenter avec du bruit anthropogénique.

Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

Je n’ai pas fait d’écologie théorique durant mes études, mais j’ai acquis des compétences en éthologie (comportement animal), physiologie animale et génétique. Au fil du temps, j’ai développé de réelles inquiétudes concernant notre environnement et notamment sur les conséquences des activités anthropogéniques sur l’environnement. C’est pourquoi j’ai voulu relever le défi de faire une thèse en écologie.

De plus, peu d’études se concentrent sur les espèces en eau douce et aucune sur la pollution sonore. L’eau douce héberge plus de 100 000 espèces et sa biodiversité est en déclin dans depuis des années. J’aimerais, grâce à ma thèse, mettre en avant cette problématique afin qu’elle trouve sa place dans les débats de société.

Mes journées de travail sont très variables. Certaines périodes sont consacrées à la bibliographie : j’ai le nez plongé dans des articles et revues scientifiques toute la journée. Ou bien je prépare mes futures expériences à réaliser au laboratoire et cela me demande plus de temps et de concertations avec les animaliers pour l’aspect éthique animale dans mon expérimentation. Ou bien encore je suis en pleine expérience ou j’analyse les résultats des expériences. Je donne également des travaux dirigés à l’Université afin d’acquérir une première approche d’enseignant-chercheur.


The Conversation

Emilie Rojas ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.



Emilie Rojas, Doctorante en Neuro-éthologie, Université Jean Monnet, Saint-Étienne

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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