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À qui profite la ménopause ? Et pourquoi n’existe-t-elle que chez l’humain et les baleines ?

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Et si la ménopause était utile aux générations suivantes ? Marissa Price / Unsplash, CC BY-SA

Source de désagréments voire d’angoisse pour de nombreuses femmes, la ménopause ne fait pourtant pas le malheur de tout le monde, et surtout pas de nos petits enfants !

Il n’existe pas un endroit sur terre qui ne connaisse pas ce phénomène : chez l’humain, ou plutôt chez l’humaine, la capacité de se reproduire prend fin bien avant la fin de la vie, en moyenne 20 ans plus tôt. Contrairement à la croyance populaire, les progrès de la médecine et une espérance de vie accrue dans les sociétés modernes ne suffisent pas à expliquer un tel décalage entre fin des capacités reproductives et fin de vie.

En effet, la ménopause existe depuis bien plus longtemps que nos hôpitaux et nos blouses blanches. De plus, même dans les régions du monde où l’espérance de vie est la plus faible, il existe toujours des chanceuses qui vivront plus longtemps que les autres. Et celles-ci connaîtront inévitablement la ménopause autour de l’âge de 45 ans environ.

Mais alors, pourquoi ?

Au niveau physiologique, l’explication réside dans l’épuisement des stocks d’ovules produits par l’organisme. En effet, la quantité d’ovules produite par une femme au cours de sa vie est déterminée dès sa naissance, et même un peu avant. Ce stock varie entre 300 000 et 500 000 environ, dont en moyenne 400 arriveront véritablement jusqu’à maturité.

Et quand il n’y en a plus… il n’y en a plus ! C’est la fin des règles, devenues inutiles, et de la possibilité de tomber enceinte de façon naturelle. Cependant, cela n’explique pas tout.

Comme tout organisme vivant, l’espèce humaine a été façonnée par l’évolution. Cela signifie que, dans un environnement donné, les caractéristiques génétiques qui permettent à un individu (un humain, une fourmi, un brin d’herbe, une bactérie, peu importe) de survivre plus longtemps et d’avoir une progéniture plus nombreuse deviendront plus fréquentes à chaque génération. Et pour cause, cet individu transmettra ses gènes à davantage de nouveaux petits individus, donc ses caractéristiques deviendront de plus en plus représentes dans la population. C’est la théorie de l’évolution de Darwin.

La ménopause est utile aux enfants

Revenons-en à présent à la ménopause : selon ce principe, pourquoi est-ce que les femmes avec le plus large stock d’ovules n’auraient-elles pas plus d’enfants et ne seraient-elles pas devenues plus nombreuses que les autres ? Dans ce cas, la ménopause aurait dû devenir de plus en plus tardive et finir par disparaître au fil de l’évolution humaine. Ce n’est pourtant pas ce que montrent les études scientifiques.

De nombreux biologistes ont étudié ce paradoxe, soit par des simulations à l’aide d’outils mathématiques et numériques, soit en étudiant de larges ensembles de données portant sur la reproduction et la survie dans les populations humaines.

Ils sont parvenus à un même constat biologique : une personne qui ne s’embarrasse plus d’assurer sa propre reproduction après un certain âge aura davantage de temps et d’énergie à consacrer à ses enfants déjà nés et à ses petits-enfants. Grâce à de tels soins, leurs enfants auront eux-mêmes plus d’enfants, qui seront en meilleure santé et auront de plus grandes chances de donner naissance à leur tour.

Après quelques générations, une femme ménopausée aura donc transmis ses gènes à plus de descendants qu’une femme qui aurait continué d’enfanter. Ces gènes, y compris ceux responsables de la ménopause, deviendront ainsi de plus en plus fréquents dans la population !

Et c’est ainsi que la ménopause est devenue la règle chez Homo sapiens

Notons par ailleurs que cette particularité est rare dans le monde animal, puisque nous la partageons seulement avec quelques espèces de baleines. Ce phénomène n’existe d’ailleurs chez aucun autre primate.

Pourquoi ? Les chercheurs travaillent encore sur cette question. Une explication commence à émerger de certaines études : les capacités intellectuelles humaines persistent au cours de la vie indépendamment du déclin des capacités physiques, et permettent aux plus âgées d’avoir encore beaucoup à transmettre aux jeunes générations (en termes de ressources matérielles mais aussi de connaissances et d’expérience). Ainsi, la ménopause est encore plus avantageuse pour les enfants et petits-enfants qu’elle ne le serait chez d’autres espèces !

Cela pourrait également être le cas chez certains cétacés, espèces chez lesquelles les individus âgés jouent un rôle particulièrement important pour la survie du groupe, notamment en guidant les migrations grâce à leur expérience.

The Conversation

Carla Aimé a reçu des financements provenant de l'Agence Nationale de la Recherche.



Carla Aimé, Attachée d’enseignement en éthologie et de recherche en biologie évolutive humaine, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

https://theconversation.com/a-qui-profite-la-menopause-et-pourquoi-nexiste-t-elle-que-chez-lhumain-et-les-baleines-135718

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